Toup Pou yo… Nouvelle formule

Ayiti brille encore en compétition internationale, et ce n’est pas contre des équipes de la Caraïbe! Des victoires convaincantes qui nous auront fait oublier notre rancœur face à une équipe qui ne ressemble en rien à notre culture footballistique.

Influencées par le football samba, les sélections ayitiennes sont en général très offensives, formées de joueurs qui manient la balle avec une grande facilité technique. Dans cette ligne de philosophie de jeu, la défense a été souvent notre point faible, surtout quand nous faisions face à des équipes plus rapides et plus musclées.

Depuis l’arrivée de Marc Collat, nous avons vu des sélections de différents styles, mais le facteur défensif est devenu le point fort de l’équipe. Cette équipe est aussi plus intelligente tactiquement que probablement toutes les autres sélections, mais elle est quasi certainement la plus limitée techniquement. Probablement beaucoup plus par le style de jeu adopté, que par les capacités réelles des joueurs. Si c’est le cas, cela prouverait encore plus le niveau d’intelligence tactique dont cette sélection est dotée.

La selection Ayitienne célébrant la victoire 3-2 contre le Canada lors des quarts de finale de la Gold Cup de la CONCACAF 2019 au NRG Stadium le 29 juin 2019 à Houston. (Ronald Martinez / Getty Images)

Restons sur l’intelligence tactique, en soulignant la composition de cette sélection. La majorité des joueurs sont des haïtiens nés en dehors du pays, et une bonne partie du reste évolue dans un championnat étranger. Même en seconde division, les équipes européennes misent avant tout sur l’intelligence tactique avant la technique. On gagne probablement de cette formation ou cette expérience à l’étranger, pour bonifier un aspect important dans notre jeu.

On écrit l’histoire… à nouveau

Nous n’avons pas cessé de nous référer à 1974, mais nous avons aussi gagné la Concacaf Championship, la Coupe Caraibéenne et nous avons brillé en mondial des moins de 17 ans. Cette nouvelle page qu’on écrit en Gold Cup a la saveur d’une qualification pour la Coupe du Monde. On est visible, on se fait apprécier, on se fait craindre à présent.

Notre premier exploit a été de gagner la phase de groupe avec un éblouissant 9 sur 9, après avoir battu le Costa Rica, jamais auparavant. On n’aurait même pas rêvé battre le Costa Rica, voilà qu’on termine en première position d’une phase de groupe de Gold Cup. Et comme la victoire suit les gagnants, nous avons aussi écarté le Canada, en remontant 2 buts pour nous placer en demie finale. Qui l’aurait cru? En se mettant dans le carré final de la Gold Cup, Ayiti reprend sa place d’antan aux côtés du Mexique et des États-Unis comme piliers de la Concacaf. Pourvu que cela dure encore longtemps!

Pour une fois, la toile ne s’est pas enflammée contre Marc Collat et contre les joueurs étrangers qui ne manient pas la langue maternelle. Pour une fois le nationalisme extrémiste n’a refait surface pour exposer des joueurs nationaux (entendu qui jouent en championnat national) à la place de tels joueurs nés à l’étranger. La victoire est capable de cela aussi.

Regardons de plus près…

Mais de quoi est faite cette sélection? Qu’est-ce qui est à l’origine de ces exploits?

Sans entrer dans l’analyse technique des matchs – suivant les mouvements des joueurs en phase défensive et offensive – nous avons noté quelques points intéressants au niveau de cette sélection.

Au niveau technique, en particulier dans le jeu de passe, l’équipe paraît d’une rare limite technique. Pas de passes courtes, presque pas de passes entre les lignes, dans les couloirs, pas de passes redoublées avec de bons mouvements offensifs….nada! L’équipe adopte un jeu direct, et le milieu de terrain doit s’occuper uniquement de faire les marquages, de récupérer, puis de balancer vers les attaquants. Ce n’est pas ce qu’on aime, ce n’est pas ce qu’on a l’habitude de jouer. Mais l’intelligence d’un entraineur, c’est de savoir tirer le maximum de potentiel des éléments qui sont à sa disposition. Si on a des joueurs qui aiment courir, aller au charbon, qui aiment pressurer et qui jouent bien en profondeur, c’est probablement la meilleure approche à adopter…au moins à court terme. Par le temps, on pourra ajouter les nouveaux ingrédients et permettre à l’équipe de faire le meilleur mélange possible.

Au niveau tactique, l’équipe parait plus mature. Ce n’est pas parfait encore, surtout quand on doit exécuter techniquement dans une situation tactique. Mais le jeu de pressing devant est bien maitrisé, et le repli défensif ne donne pas autant de frisson que dans d’autres sélections auparavant. On commet des erreurs, tant mieux on saura quoi améliorer alors.

Physiquement, le jeu musclé nous convient bien. Les joueurs sont de bonne corpulence, vont aisément au corps à corps. La préparation physique est au beau fixe, car fournir une telle intensité de jeu pendant 90 minutes n’est pas chose facile. On n’a pas de vu de joueurs essoufflés, qui arrêtent de courir, qui tirent la langue et lésinent dans un marquage important.

Mais le facteur le plus important de cette sélection, c’est sa force mentale. Un but concédé, deux buts concédés, l’équipe reste concentrée, personne ne baisse l’échine, on n’a pas le temps de réfléchir à une possible élimination. On se remet à courir, on presse, on va à l’affrontement, on sue, on hurle pour encourager les autres….un peu le tableau de la bataille de Vertières…

Une équipe qui sait mouiller le maillot et qui ne rechigne jamais. Des joueurs qui encouragent celui qui vient de concéder un but par erreur, qui couvrent l’espace vide au lieu de crier après celui qui est en retard sur le repli défensif, des joueurs qui ne reprochent pas le coéquipier de son mauvais choix alors qu’aurait pu lui passer la balle….bref une équipe unie avec un mental de fer. Ce n’est pas du beau jeu, mais c’est tellement beau dans le jeu!

Auteur de l’article : Frandy Dorvil